Pranayama

Je salue le seigneur Hanuman, le Seigneur du Souffle, Fils du Dieu Vent, qui porte cinq visages et demeure en nous sous la forme des cinq vents ou énergies, habitant notre corps, notre esprit et notre âme, qui réunit Prakriti (Sita) à Purusha (Rama). Puisse-t-il accorder sa bénédiction à l’adepte en unissant son énergie vitale (prâna) à l’Esprit Divin qui est en lui.

Prâna est l’énergie physique, mentale, intellectuelle, sexuelle,spirituelle et cosmique, ainsi que toutes les énergies vibratoires, chaleur, lumière, magnétisme etc. Prâna est le principe de vie et de conscience selon les Upanishad c’est ce qui anime tous les êtres vivants. Quand nous naissons, il nous faut ce prâna, le Souffle pour vivre, quand nous mourrons, le Souffle se dissout dans le Prâna universel. Tout ce qui est animé, mais également tout ce qui est inanimé est pénétré de prâna. C’est la raison pour laquelle le yogi s’intéresse au prâna.

Les fonctions corporelles sont mues par les cinq vayus (cf. le post précédent, « Le Prâna, les nâdis, les vayus » sur ce site). Le rôle du Pranayama est d’activer ces vayus par l’intermédiaire des inspirations et des expirations pour déboucher les nadis et de permettre une circulation optimale et équilibrée du prâna, ce qui permet d’apaiser les sens et l’esprit. Le Hata Yoga Pradipîkâ énonce « quand le souffle (prâna) est instable, l’esprit (chitta) est instable. Quand le Souffle est stable, l’esprit est stable et le yogi atteint l’immobilité, c’est pourquoi le yogi doit maîtriser le souffle ».

Les yogas sûtras de Patanjali définissent le Pranayama comme l’admission et l’évacuation du Souffle dans une posture stable et fermement établie (Chap. 2, sûtra 49-51).

Pranayama est un mot composé de Prâna, le souffle et de Ayama qui signifie tout à la foi « extension », « expansion », « régulation » prolongation », « retenue » et « contrôle ». Le Pranayama est donc un ensemble de techniques qui permettent la prolongation du Souffle dans toutes les dimensions (Ayama signifie également « longueur » et « largeur »), mais également sa retenue et son contrôle. Ces techniques visent à permettre aux organes respiratoires de se dilater volontairement selon un rythme donné et de façon intensive. Pour cela, le pranayama va travailler sur les inspirations (puraka) qui stimulent l’organisme et ouvrent les nadis, sur les expirations (rechaka), qui éliminent les toxines et l’air vicié et également sur les rétentions du souffle (kumbakha) qui assurent la diffusion de l’énergie. On comprend alors le rôle des divers vayus qui interviennent à chaque étape de la technique.

Le Pranayama permet donc de discipliner le Souffle et par ce moyen, de discipliner l’Esprit (Chitta).

Parce qu’il agit dans toutes les directions sur les organes respiratoires, le Pranayama permet aux liquides organiques de mieux circuler et de mieux remplir leurs fonctions, et aux poumons de mieux éliminer le gaz carbonique. Il assure ainsi un meilleur fonctionnement de l’ensemble des organes internes que ce soit grâce à l’amélioration des échanges gazeux due notamment à l’augmentation du débit sanguin et à la teneur en oxygène du sang, ou au massages internes que les exercices permettent et qui améliorent par exemple les contractions péristaltiques des intestins. Enfin, il neutralise efficacement l’acide lactique..

Toutefois, les pratiques de Pranayama doivent être menées avec prudence et de préférence sous la conduite d’un maître, car une mauvaise pratique peut entraîner des désordres (asthme, toux, hypertension, douleurs dans les yeux et les oreilles, sécheresse de la langue, problème pulmonaires).

Pratiquer le Pranayama est une des ascèses des yogis. On l’appelle même la grande ascèse (Maha tapas) qui conduit à une purification de l’ego et à une grande maîtrise de Chitta..

Toutefois si le Pranayama est bien cité dans les Yogas Sûtras de Patanjali comme l’un des huit membres du yoga, il est cité après les asanas. Il est recommandé de pratiquer d’abord les asanas avant de pratiquer intensivement Pranayama car un corps mal discipliné sera un allié peu sûr. Il est donc nécessaire d’être en mesure de mouvoir correctement les muscles nécessaires aux pratiques du Pranayama (muscles intercostaux, muscles pelviens et thoraciques) et pour ce faire, de pratiquer les asanas qui favorisent la connaissance et la maîtrise de ces muscles.

La pratique du Pranayama, comme celle des asanas suppose de la régularité. Mieux vaut un peu tout les jours que beaucoup (voire trop) de temps en temps. Elle suppose également de la détermination et surtout d’être pratiquée en allant pas à pas et avec attention et intention.

BKS Iyengar donne de précieux conseils pour la pratique :

  • ne pas pratiquer d’asanas immédiatement après une séance de Pranayama ;
  • ne pas pratiquer quand l’esprit et le corps sont lourds . Si tel est le cas, pratiquez shavasana et ensuite le pranayama ;
  • ne pas pratiquer en cas de trouble mentaux, d’angoisse, de confusion ;
  • ne pas pratiquer de rétentions (kumbhakas) avant d’aller dormir ou si le cerveau est sensibilisé par des stimulis externes ou des préoccupations ;
  • ne pas pratiquer à la hâte, no lorsque les poumons sont engorgés
  • Eviter toute activité et de parler après avoir travaillé Pranayama. Il est conseillé de prendre un temps entre la séance et la reprise d’activités ;
  • ne pas pratiquer après un repas ou si vous avez faim (attendre au moins 4 heures après un repas) ;
  • rester vigilant et notamment apte à déceler les erreurs. Si de telles erreurs sont repérées, ne pas les laisser s’enraciner ;
  • stopper le Pranayama dès qu’une lourdeur ou une raideur apparaît dans les poumons ou si la respiration devient rauque ou rêche ;
  • faire attention si de l’irritabilité, lassitude ou agitation apparaît, c’est le signe d’une pratique incorrecte ;
  • pour les femmes enceintes, éviter de pratiquer kapalabhati, bhastrika, visamavritti, antara kumbhaka et baya kumbakha avec uddiyana. Udiyanna est également à éviter pendant les règles.
  • En cas d’échauffement corporel important, arrêter la pratique pour la journée et pratiquer shavasana pendant au moins un quart d’heure.
  • préparer son esprit avant de pratiquer Pranayama.

Il serait trop long de développer plus avant l’art du Pranayama. Il est possible et conseillé de se reporter aux ouvrages consacrés à cette pratique et notamment le « Pranyama pradipika » de BKS Iyengar qui est une mine d’enseignements (voir bibliographie dans le poste « Le Prâna, les nadis, les vayus » sur ce site). Le mieux est de pratiquer sous la supervision d’un maître.

Yogacharya BKS Iyengar. Express archive photo

Le prâna, les nadis, les vayus

On traduit souvent prâna par souffle et trop souvent le prânayama est réduit à des techniques de respiration. Or, souffle et respiration ne sont pas identiques. pour comprendre de quoi il en retourne, il faut comprendre que le terme de prâna est composé d’une racine « an » qui signifie souffle, mais aussi vent et âme. Il est intéressant de faire le lien avec ce que nous connaissons dans nos traditions occidentales. Ainsi le terme de « Pneuma » en grec signifie tout à la fois souffle, haleine, respiration, mais aussi âme, coeur ou esprit (cf. https://www.universalis.fr/encyclopedie/saint-esprit/1-le-pneuma-dans-l-ancien-testament/). Quant au mot latin « spiritus« , il recouvre le même champ sémantique et a donné en français inspirer au double sens de respirer et de recevoir un esprit, une énergie créatrice.

Le terme de prâna désigne donc tout à la fois le souffle matériel, celui qui est à l’oeuvre dans le phénomène de la respiration, mais également de souffle immatériel. Une autre traduction de prâna est celle d’énergie primordiale, entendons par là celle qui se situe avant la création (le préfixe « pra » signifiant avant). Le prâna serait donc l’essence causale, l’énergie cause de toute chose ou encore l’énergie vitale.

Le prâna se manifeste donc tant sur le plan physique, que sur le plan plus subtil de prânamayakosha, l’enveloppe énergétique faite de vitalité, d’énergie vitale (prâna), qui anime le corps physique. Prânamayakosha fait la jonction entre l’enveloppe physique (anamayakosha) et l’enveloppe « psychologique », plus subtile (manomayakosha) qui elle est faite d’émotions et de pensées (elle est composée de manas, de citta et des cinq jnanendriyas).

Le prâna circule au travers de canaux, les nadis, dont les principaux sont ida, pingala et la sushumna. Ces nadis assurent la circulation de l’énergie au travers du corps physique mais également sur les plans subtils. selon les textes, ces nadis seraient au nombre de 72000 (selon les Vedas) ou de 350000 selon certaines écoles. Peu importe le chiffre, ce qu’il est important de retenir c’est que ces nombres expriment l’importance de la circulation énergétique au sein des diverses enveloppes qui nous constituent.

Mais, le prâna ne circule pas de n’importe quelle façon, il est transporté dans les nadis par les vayus (littéralement les vents), qui sont au nombre de 49, mais dont, souvent, on retient les cinq principaux qui sont :

  • Prâna vayu, (à ne pas confondre avec le prâna) est le souffle qui va vers l’intérieur. C’est ce vayu qui sert faire pénétrer l’énergie dans le corps au travers du souffle, de la nourriture, des perceptions sensorielles, des émotions, des sensations etc., donc de ce qui est susceptible d’aller de l’extérieur vers l’intérieur. Il est essentiellement localisé au niveau du cœur et de la  poitrine (Anahata Chakra) et en lien avec l’élément Air. C’est principalement ce vayu qui est sollicité pour faire descendre le prâna dans le coeur. C’est aussi le souffle nourrissier qui distribue l’énergie aux organes vitaux du corps physique.
  • Apana vayu, le souffle qui va vers l’extérieur. C’est le souffle qui préside à toutes les fonctions excrétrices et d’élimination. Il a son siège au niveau des reins, du colon, de la vessie, des organes génitaux et du rectum. Il est en lien avec Muladhara chakra et l’élément Terre. Le bon fonctionnement de ce vayu permet une bonne élimination tant sur le plan physique (fonctions excrétrices, détoxification) que sur le plan mental et émotionnel (élimination des pensées et émotions perturbatrices).
  • Samana vayu, est le vayu en lien avec agni, le feu. C’est le vayu de la digestion en lien avec le chakra Manipura. Il circule de façon concentrique de l’extérieur vers l’intérieur. Les organes liés à Samana vayu sont : l’estomac, les poumons et le cerveau. Samana vayu collecte et redistribue l’énergie absorbée par la nourriture, les sens, la respiration. Il est complémentaire de prâna vayu qui apporte ces éléments.
  • Udana vayu, le souffle qui sort du corps. Il circule de bas en haut et est localisé au niveau du chakra de la gorge, Vishudda et est donc relié à l’élement Ether et il est en lien avec les sens de la vue, de l’odorat et de l’ouïe. Udana vayu est le vayu de l’action et de la purification d’Ajna chakra. Il permet le contrôle du corps et de l’esprit, il permet également la parole. Agissant sur le plan mental, il permet l’effort, la volonté. Udana vayu dirige le flot d’énergie des plans de conscience les plus bas vers les plus élevés et permet de lutter contre l’assoupissement. Circulant dans la Sushumna, il est assimilé à la Kundalini Shakti.
  • Viyana vayu, le souffle de l’unité est localisé dans tout le corps. Il est responsable de la bonne circulation des énergies apportées par l’alimentation, la respiration, mais aussi les pensées et les émotions. Dans la mesure où il assure cohésion et coordination, il est en lien avec l’élément de la cohésion, à savoir l’Eau. Il coordonne et régule le mouvement du prâna dans les nadis et il coordonne également les autres vayus. Ce vayu agit également sur l’équilibre. Son mouvement va de l’intérieur vers la périphérie. Dans la mesure où il imprègne l’ensemble du corps, il agit sur la locomotion, et la coordination des mouvements physiques.
Les cinq vayus, leur localisation, le sens de leur mouvement

La connaissance de ces vayus, de leur rôle dans la circulation du prâna et de leurs liens avec les chakras et les divers nadis permet de comprendre combien il est important de conserver un bon équilibre dans l’action des vayus et une bonne répartition du prâna. Pour ce faire, l’utilisation de certains asanas qui vont stimuler certains chakras de façon privilégiée peuvent aider à mettre en branle les vayus correspondant et à faire circuler l’énergie. Mais il est important de ne pas perdre de vue que ces vayus sont interdépendants. Un bon équilibre suppose donc que tous les vayus puissent fonctionner de façon optimale et pour cela que les nadis ne soient pas obturés. C’est là qu’interviennent notamment les exercices de pranayama qui vont favoriser le déblocage des nadis. Attention toutefois que certains exercices mal effectués peuvent créer des déséquilibres graves. Il est donc préférable de travailler le pranayama sous la direction d’un enseignant formé.

Pour aller plus loin :

  • A. Van Lysebeth, « Pranayama la dynamique du souffle », éd. Flammarion
  • J. Choque, « Respiration et pranayama », éd. Jouvence
  • B. K. S. Llyengar, « Pranayama dipika, lumière sur le pranayama », éd. Buchet Chastel

Samkhya et yoga


Le Samkhya est une doctrine philosophique, une vision du monde, un des six points de vue (Darsana) de l’hindousisme, attribué à un personnage dont on sait peu de choses : Kapila.

Cette philosophie a été compilée dans un texte appelé Samkhiakarika qui a été composé entre le 4ème et le 5ème siècle de notre ère) par Īśvarakrishna.

Le Samkhya entretien des rapports étroits avec le yoga. Il représente l’aspect théorique, là où le yoga représente l’aspect pratique. Samkhya et yoga toutefois ne s’opposent pas mais sont les deux faces d’une même médaille et les yoga sutras de Patanjali font très clairement référence aux Samkhya.

Un des points essentiels à retenir du Samkhya sont les Tattvas, soit les divers aspects de la matière, les modalités de la manifestation, de la plus subtile à la grossière.

Les Tattvas sont issus de la rencontre entre le pur non manifesté, Purusha, principe masculin, pure conscience, le Soi, immobile et silencieux et Prakriti, principe féminin, Nature Originelle ou primordiale, qui combine énergie et matière et qui est la cause essentielle de toute manifestation matérielle.

La Prakriti (ou manifestation) est composée de trois gunas : Sattva, Rajas et Tamas, trois « qualités », trois aspects dont le monde est tissé et dont nous parlerons une prochaine fois.

De cette rencontre de Purusha et Prakriti naît l’intellect (Buddhi, littéralement : « l’éveil ») qui a une dimension « cosmique ».

De Budhi provient le principe d’individuation (l’égo, le moi ou le soi (mais non le Soi), appelé ahamkara, littéralement le faiseur de moi.
De ce dernier est issue la pensée (manas) ou le mental qui est directement en contact (i) avec les cinq sens (les Indriyas, qui sont à considérer comme des énergies actives, plus que des organes récepteurs passifs et (ii) les cinq facultés d’action (Karmendriyas) de ces sens qui s’expriment par les fonctions de parler, de saisir, de marcher, d’évacuer et par les relations sexuelles, et qui ont pour siège la voix, les mains, les pieds, l’anus et les organes génitaux. Le manas analyse et classe les informations reçues de ces indriyas et karmendriyas.

Puis viennent les cinq éléments subtils (tanmātras) qui ne sont pas perceptibles comme objets des sens, sauf pour les dieux et les yogis. Ces tanmantras sont :

  • Śabda: le son ou substance de perception de l’ouie (śrotra);
  • sparśa: le toucher ou substance de perception du toucher (tvak);
  • rūpa: la forme ou substance de perception de la vue (caksus);
  • rasa: la saveur ou substance de perception du goût (jihvā);
  • gandha: l’odeur ou substance de perception de l’odorat (ghrāṇa).

Des cinq éléments subtils proviennent enfin les cinq éléments grossiers (mahābhūta),perceptibles comme objets des sens et qui sont: l’Espace, l’Air, le Feu, l’Eau et la Terre. Ceux-ci sont en correspondance directe avec les cinq éléments subtils (tanmātra).

Le yoga consiste notamment à expérimenter les divers états de la matière, du plus grossier au plus subtil, et la pratique permet de passer au travers de ces divers états pour remonter à la source, jusqu’au Soi. C’est le chemin de l’éveil (Moksha) du yogi tel que l’envisage Patanjali. On peut dire du Samkhya qu’il est le fondement métaphysique du yoga.

Une chose est certaine, qu’on adhère ou non à cette vision métaphysique, on ne peut pratiquer et comprendre le yoga sans se référer au Samkhya. Que ce soit la Hata yoga ou le yoga nidra, leur pratique repose sur cette conception métaphysique. La connaître, la comprendre, permet de mieux appréhender les choses si l’ion veut faire du yoga autre chose qu’une gymnastique.

C’est en intégrant le Samkhya qu’on comprendra pourquoi en yoga on parle de corps subtil, des divers koshas, de kundalini, de chakras, de nâdis, de prânâ etc. Ce ne sont pas que des termes exotiques qu’on peut utiliser dans une soirée entre amis (au risque de paraître un peu étrange), ce sont des éléments essentiels de la philosophie du yoga qui reposent sur le Samkhya en grande partie.

Pour aller plus loin :

  • A. E. Esnoul, Les Strophes de Samkhya. Éd. Les Belles Lettres;
  • M. Eliade, Patañjali et le Yoga, 220 pages, éd du Seuil
  • P. Feuga et T Michaël, Le yoga, éd. Que sais-je ?
  • T. Michaël, Voies du yoga, éd. du Seuil, coll. sagesses;
  • B. Bouanchaud, Les Samkhya Karika d’Isvarakrsn, éd. Agamât;
  • J. Varenne, Aux Sources du yoga, éd. Jacqueline Renard;
  • F. Mazet, Yoga-Sutras – Patanjali – Traduction et commentaires, éd Albin Michel


Comment le yoga agit-il en profondeur sur nos cellules ?

Nous savons tous, pour peu que nous ayons quelque peu pratiqué le yoga, qu’il agit sur notre corps. Il nous apporte plus de force, plus de souplesse, il aide à amplifier la capacité respiratoire, à renforcer les cartilages etc.

Mais le yoga agit bien plus en profondeur, directement sur nos cellules grâce à un phénomène appelé la mécanotransduction, c’est à dire le mécanisme par lequel une cellule intègre un signal mécanique pour le transformer en un signal biochimique. Ce mécanisme permet à nos cellules de réagir, de s’adapter, voire de modifier l’expression de ses gènes (cf. https://lejournal.cnrs.fr/articles/mecanobiologie-les-cellules-sous-pression). Autrement dit, la structure même des cellules peut se trouver modifiée par un effet proprement mécanique et cela se fait par l’intermédiaire de la matrice extracellulaire (MEC), notamment.

Le lien qui unit les cellules entre elles explique une bonne partie des propriétés mécaniques d’un tissu ou d’un organe. Certaines cellules communiquent via des forces mécaniques afin de coordonner leurs mouvements et de renforcer leur cohésion. La bonne santé de nos cellules repose donc sur leur capacité à interagir avec leur environnement et à adhérer plus ou moins fortement avec des protéines composantes du milieu intercellulaire, la matrice extracellulaire.

Plutôt que de paraphraser, je citerai ici un extrait d’une thèse consacrée à la mécanotransduction : « L’adhérence de la cellule à la matrice initie une réaction en chaîne, allant des protéines membranaires permettant l’adhérence, jusqu’au noyau grâce au cytosquelette. Une fois le contact créé, la cellule sera alors capable d’exercer plus ou moins de forces sur son substrat pour en connaître les propriétés mécaniques » (Richard de Mets : https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01237682/file/DE_METS_2015_diffusion.pdf).

De récentes études ont clairement démontré que la capacité des cellules à interagir entre elles a un effet sur les propriétés mécaniques d’un tissu.

Quel rapport avec le Yoga ? C’est très simple, quand nous stimulons notre corps, nous envoyons des signaux de stress mécanique aux cellules via la matrice extracellulaire, ce qui permet aux cellules de réagir, par exemple en facilitant la réparation des tissus. Nos cellules souches, notamment, sont capables de s’activer en fonction du degré de stress (stimulation) ressenti, pour se transformer en une cellule « fonctionnelle » correspondant au besoin (cellule nerveuse, musculaire, adipeuse ou autre).

En outre, la matrice extracellulaire contient des hormones de croissance capables de stimuler la croissance de nouvelles cellules. Ainsi donc, le mouvement, la thérapie physique sont importants pour la santé et sont facteurs de guérisons. Or le yoga est une activité qui stimule le corps, muscles, tendons, fascias, os…par les asanas, mais aussi par la respiration qui agit sur le diaphragme, le rythme cardiaque. Autrement dit, pour rester en bonne santé ou pour guérir, il faut bouger ! Les médecins le savent bien qui recommandent notamment de mobiliser les articulations douloureuses pour permettre de retrouver de la mobilité et de faire disparaître ou atténuer les douleurs. Le yoga en proposant un stress adapté à notre corps participe à conserver la santé. Savoir comment peut aider à être plus conscient de son importance.

Corps, souffle et esprit : ancrages et encrages

Stage de yoga et peinture à l’encre de Chine

Lieu : L’oustaou du Luberon, La Tuilière, 84530 Villelaure

Dates : Du vendredi 04/12/2020 17H au 06/12/2020 17H

Organisateurs : Jean-Pierre Gasnier, professeur de yoga, Manashanti et Suzy Xuan Thu Lloret, artiste peintre et calligraphe

« Si vous savez respirer, vous savez pratiquer le yoga » (Krishnamacharyia)

« En peignant un paysage le souffle rythmique doit seul guider le pinceau. Le jeu du pinceau doit être dominé par le souffle. Lorsque le souffle est, l’énergie vitale est », Vide et plein, François Cheng

« La respiration s’ajuste à la fois au corps et à l’esprit, et c’est le seul outil qui peut les rassembler, les illuminant tous deux et leur apportant la paix et le calme », Thich Nhat Hanh

« Quand la respiration est instable, le mental est instable ; quand la respiration est stable, le mental est stable et le Yogi atteint l’immobilité. C’est pour quoi l’on doit maîtriser la respiration », Hata Yoga Pradîpikâ

Si les termes de corps, souffle et esprit parlent aux pratiquants du yoga, cette trilogie se retrouve aussi au fondement d’autres disciplines orientales, notamment, les arts martiaux et… l’art du pinceau en Extrême-Orient !

Tout comme le yoga, le chemin de l’encre exprime la plus haute spiritualité au travers du corps, du souffle et de la conscience. Ce stage sera l’occasion d’explorer les points de convergence entre yoga et art du pinceau, pour aboutir à la réalisation d’une œuvre personnelle. Les techniques du yoga (ancrage, pranayama, visualisations…) seront mises au service de ce travail créatif afin d’en faciliter l’éclosion.

Pour les réservations, contacter directement L’Oustaou du Luberon :

Tél. : +33(0)4.90.09.84.95 – Mobile : +33.(0)6.64.90.56.24 – oustaouduluberon@gmail.com

Accueillir ce qui vient

Il y a des jours, comme aujourd’hui, où l’humeur n’est pas nécessairement positive, où l’inspiration ne vient pas, où on se sent chagrin, souvent pour une raison qu’on ignore. Ce que le yoga et la méditation nous apprennent c’est que c’est ainsi, qu’il faut accepter ce qui vient, fût-ce quelque chose de peu, voire pas du tout agréable. Ou plutôt, non pas accepter, ce qui pourrait être interprété comme de la résignation, mais accueillir ce qui vient.

La souffrance fait partie de la vie. C’est un des enseignements fondamentaux de Bouddha (une des 4 Nobles vérités), qu’on retrouve également chez les mystiques hindous et notamment dans les Yoga Sûtras de Patanjali. La question est alors de savoir ce que nous faisons de cette souffrance.

Il y a généralement trois attitudes face à la souffrance :

la première consiste à en jouir, à toujours chercher quelque chose d’inaccessible par exemple, pour être sûr de jouir du fait qu’on n’y arrivera pas et de continuer à souffrir, à se complaire dans celle-ci.

La deuxième consiste à chercher à fuir. On connaît tous de ces gens qui se noient dans le travail ou qui s’étourdissent de multiples activités ludiques, faisant la fête sans relâche ou pratiquant des sports qui les dopent à l’adrénaline. Cela les aide à ne pas penser et ne surtout pas se retrouver face à eux-mêmes. Reconnaître la souffrance serait pour eux un aveu de faiblesse, voire pire à leurs yeux, d’échec.

La troisième consiste à ne rien voir, ne rien savoir, ne rien vouloir savoir, à se laisser porter, balloter, mener par ses besoins primaires , ses désirs, toujours plus exigeants et impérieux.

Ce que le yoga et la méditation nous enseignent, c’est qu’il existe une quatrième possibilité. Cette possibilité consiste à apprendre. Pour cela, il est nécessaire de prendre conscience de nos failles, de nos manques, des schémas que nous répétons sans cesse et qui nous conduisent toujours aux mêmes impasses, pour être un jour, enfin capable de voir comment nous réagissons et éviter l’obstacle. Pour cela il faut être capable de reconnaître et d’accepter qu’on souffre, certes à des degrés divers, certes pas pour les mêmes raisons que d’autres, mais la vie n’épargne personne, jamais. Et il convient de s’interroger sur les causes de notre souffrance : Pourquoi ai-je mal ? Où ai-je mal ? Comment ai-je mal ? D’où me vient cette souffrance ? Qu’ai-je fait ou négligé pour qu’il en soit ainsi ?

Cela nécessite un certain courage pour affronter sa condition, sa souffrance, et reconnaître qu’on n’y est peut-être pas étranger. Mais n’est-ce pas quand on connaît les causes de sa souffrance qu’on peut mettre en place les moyens de la désamorcer, de la supprimer, peut-être en empruntant une autre voie pour essayer de ne pas tomber à nouveau dans les mêmes ornières, les mêmes difficultés, rencontrer les mêmes obstacles ?

Le premier sûtra de Patanjali est intéressant en ce qu’il dit à propos du yoga « maintenant commence l’enseignement complet du yoga » . Il insiste sur ce maintenant. Et si, maintenant, nous décidions de regarder en face ce qui nous fait souffrir pour apprendre à nous en détacher, c’est à dire, non à nier, mais à affronter notre humanité dont la souffrance fait partie ?

Et puis accepter que la souffrance soit le lot de notre condition humaine nous ouvre à la compassion envers tous les humains qui, quelle que soit leur statut social, leur environnement familial ou autre, souffrent également, ne serait-ce que d’ignorer cette condition.

Le silence

Aujourd’hui je vais me taire pour laisser la parole à Thich Nhat Hahn qui a écrit un très beau texte sur le silence, texte que je souhaite partager avec vous, en espérant pouvoir partager également le silence à l’occasion.

Ce texte est accessible sur le site : https://secure.sogides.com/editeurs/2/3/ext_9782890448742.pdf

Saut à la perche

Avez vous déjà sauté à la perche ? C’est une activité qui permet de sauter haut, beaucoup plus haut que si on essaye de sauter en prenant simplement un appui et une impulsion sur ses jambes, en faisant un énorme effort qui dure quelques secondes pour aller aussi haut que possible.

Mais auriez-vous l’idée de sauter à la perche pour franchir une montagne ? A priori, non, vous décideriez plutôt prendre le chemin qui serpente sur les flancs de la montagne et qui vous mènera à destination au sommet, ou de l’autre côté. Cela prend du temps, il faut le temps de parcourir la distance. Cela suppose un certain effort, pour monter d’abord, pour redescendre ensuite. Mais cela présente aussi l’avantage qu’on peut profiter du paysage, des rencontres sur le chemin, des senteurs, bref, de tout ce qui se présente à nous dans ce voyage.

Alors, pourquoi lorsque nous pratiquons certaines activités comme le yoga ou la méditation redevenons nous des perchistes? Nous voudrions franchir la montagne d’un seul coup. Et bien évidemment nous nous fracassons régulièrement contre la montagne.

Et si, tout simplement, nous acceptions l’idée que nous avons du chemin à faire, voire un chemin à découvrir ou même à tracer nous même, notre chemin? Si nous acceptions également l’idée que nous ne pourrons faire l’économie de l’effort et du temps que cela suppose ? Si, tout simplement, nous acceptions de profiter du paysage offert par nos émotions et nos sensations ? Si nous nous ouvrions aux rencontres que nous pourrons faire sur ce chemin avec des gens qui peuvent peut-être cheminer un moment avec nous ou nous montrer un passage que nous n’aurions pas vu ? Et si même nous acceptions les détours, qui nous permettent de voir la montagne autrement, d’un autre point de vue, qui nous conduisent vers d’autres lieux de cette montagne ? Si, tout simplement nous acceptions que cette montagne, c’est un pas après l’autre que nous la franchirons, peu importe par où nous passerons ?

Allons, posons nos perches et avançons, à notre rythme et laissons nous surprendre par le chemin.

L’instant présent

« Laisse aller ce qui n’est plus. Laisse aller ce qui n’est pas encore. Observe profondément ce qui se passe dans le moment présent, mais ne t’y attache pas . C’est la façon la plus merveilleuse de vivre. »

Bouddha

Ne vous êtes vous jamais demandé ce qu’est l’instant présent ?

On entend souvent dire qu’il faut « vivre l’instant présent », mais qu’est-ce que c’est que l’instant présent et comment le vivre ?

Est-ce que cet instant présent existe en dehors de ma perception ? Est-il quelque chose qui m’est extérieur ou est-ce une création de mon esprit ? Existe-t-il un temps hors de moi, qui coule, file, se déroule et dans lequel je m’immerge ou suis immergé ? Que devient l’instant présent une fois qu’il n’est plus ? L’instant présent existe-t-il si je disparais ?

Et si je m’attache plus à l’expérience, ces questions encore : où et comment en moi, pour moi, se manifeste l’instant présent ? Qu’est-ce que je ressens ? Suis-je présent à l’instant présent ? Ai-je conscience de cet instant ? Comment ? Qui est-ce qui perçoit ou vit cet instant ?

Voilà de quoi alimenter sa méditation pendant quelque temps ou… quelques instants.

Lâcher prise

Combien de fois nous sommes nous tendus pour entrer dans une posture, pour pouvoir y rester ? Combien de fois avons nous lutté contre nous-même, notre corps et avons nous contraint notre esprit à coup de volonté plus ou moins déterminée ? Et pourquoi cette lutte ? Y avons nous réfléchi ? Besoin de faire bien ? souci du regard de l’autre ? Envie de ne pas décevoir le prof ? Envie de ne pas se décevoir, de tout faire pour correspondre à l’image qu’on a de soi ?

Ou alors, combien de fois avons nous renoncé, abandonné la posture parce que « trop c’est trop », parce qu’on se demande jusqu’où ce prof va aller en exigeant de tells contorsions. Combien de fois nous sommes nous dit « je ne viens pas ici pour souffrir » ou bien avons nous pensé « tant pis si les autres y arrivent, ce n’est pas pour moi » ?

Que celles et ceux qui n’ont jamais eu de telles pensées m’écrivent. Que tous ceux qui ont eu un parcours « idéal » ou « indolore » dans leur découverte du yoga n’hésitent pas à me contacter.

Alors comment rendre la posture plus confortable ? D’abord en n’allant pas jusqu’à son extrême limite. Parfois revenir un peu en-deçà suffit à soulager et rendre la posture beaucoup plus aisée. Ensuite, en essayant de relâcher tous les muscles qui ne servent pas à maintenir la posture, ou en modifiant légèrement l’alignement, ou la position d’un membre. Surtout en se rappelant qu’il n’y a pas de posture idéale et qu’on n’est pas en compétition avec soi-même, en acceptant ses difficultés et ses limites.

Et si au lieu de se tendre et de lutter ou au lieu de renoncer, on commençait simplement par observer ce qui se passe quand nous sommes dans une posture, observer là où ça tire, là où c’est inconfortable et qu’on se demande comment on pourrait faire pour rendre la posture plus confortable. Le yoga sûtra de Patanjali ne dit-il pas « Shtira sukham asanam » autrement dit que le posture doit être à la fois ferme (« shtira ») et confortable (« sukham ») ?

Et puis, une fois que la posture devient « tenable », suffisamment confortable, il faut observer son souffle et les mouvements de son esprit. Où est mon mental à ce moment précis ? Comment est-ce que je réagis ? Suis-je en train de me focaliser sur l’inconfort, plutôt que de penser à respirer et à relâcher ce qui le peut être ? Mon esprit est-il en train de vagabonder sur l’après, parce qu’une fois sorti de la posture, ce sera mieux, ou parce que je m’inquiète de ce que le prof va encore nous demander dans ce cours qui n’en finit pas ?

Et si en début de cours je prenais la résolution d’accepter ? Accepter ce qui va venir, ce qui va me surprendre, accepter l’inconfort relatif des postures qui font travailler certaines zones de mon corps plus difficiles, là où je n’ai pas l’habitude de travailler. Accepter que mon corps n’est pas parfait, accepter que la posture ne soit pas parfaite, accepter que réaliser cette posture prendra du temps. Accepter de me laisser le temps de travailler la posture, d’en goûter la saveur jour après jours, accepter que je n’irai peut-être jamais au-delà d’une certaine limite. Accepter et lâcher prise.

Lâcher prise ne signifie pas abandonner, mais être conscient et ne pas chercher à aller au-delà, ne pas se tendre, s’arc-bouter pour réussir à tout prix. Il y a autant, voire plus, à apprendre dans l’échec (mais peut-on vraiment parler d’échec) que dans le succès. Accepter d’avoir un peu de bienveillance envers soi n’est pas un luxe ni une erreur.

Et si vous commenciez aujourd’hui ?