Ralentir

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Nous passons notre temps à courir. Courir après le temps…mais aussi courir après la réussite, l’argent, la reconnaissance, les amours, la jeunesse, la beauté. Bref, nous courons, nous cherchons, nous sommes en quête. Mais de quoi ? De tout ce que je viens de citer ? En fait non. Tout ceci n’est que prétexte, c’est l’arbre qui cache la forêt. Ce après quoi nous courons au fond, c’est la cessation de l’insatisfaction, la cessation de ce qui nous frustre ou nous fait souffrir.

Mais, à agir ainsi, nous ne nous rendons pas compte que nous nous y prenons très mal, car dès qu’un désir est satisfait, il est immédiatement remplacé par un autre, après lequel nous allons à nouveau courir. Et si le désir n’est pas satisfait, pour quelque raison que ce soit, alors nous sommes naturellement insatisfaits, frustrés, malheureux.

Ainsi agissons nous, aveugles à notre condition.

Soyez honnêtes : combien de fois pendant un cours de yoga ne vous êtes vous pas dit mais qu’est-ce que je fais là, quand est-ce que cette torture va cesser, pourquoi restons nous si longtemps dans cet asana, mais ce prof est fou de nous faire faire ça, plus jamais je ne pratiquerai cette posture etc. ? Expérience directe de l’insatisfaction. Combien de fois dans la vie n’avez vous pas pesté contre la voiture devant vous, la file trop longue à la caisse du supermarché, le voisin trop bruyant, le gamin insupportable, la lenteur administrative, le facteur qui ne dépose pas le courrier dans la bonne boîte, le médecin en congés quand on a besoin de lui…

Et si nous décidions de ralentir ?

Ralentir la course au désir, à l’insatisfaction, ralentir la course après le temps.

Non, la vie n’est pas un marathon. Ce n’est pas non plus une course d’obstacles à franchir l’un derrière l’autre pour parvenir victorieux sur la ligne d’arrivée…qui n’est que la mort…

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La vie, c’est à chaque instant, à chaque seconde. C’est maintenant et encore maintenant et puis maintenant, en une succession d’instants présents. Encore faut-il en avoir conscience et pour cela que notre esprit ne soit pas constamment tendu vers un futur hypothétique, ni qu’il soit agité par un passé douloureux ou frustrant parce que disparu et qui nous plonge dans la nostalgie, les regrets, la mélancolie.

Pour percevoir la vie à chaque instant, il nous faut abandonner notre perception des choses au travers des concepts. Le nom n’est pas la chose. Quand nous éprouvons une sensation de plaisir ou une douleur, ce n’est pas un concept. Et quand nous touchons un objet, respirons une odeur, regardons quelque chose, ce ne sont pas non plus des concepts. Mais sommes nous seulement attentifs à la façon dont nous ressentons, éprouvons physiquement l’objet, l’odeur, la vue ? Sommes nous capables de faire l’expérience directe des objets, des odeurs, des goûts, des sons, des couleurs, des formes etc. ?

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Pour cela, il nous faut R.A.L.E.N.T.I.R.

Ralentir signifie prendre le temps d’observer, de ressentir, de percevoir que telle chose, telle expérience physique provoque chez nous des réactions de plaisir ou de rejet, réactions conditionnées par notre éducation, notre histoire. Tel parfum nous est désagréable car il est associé à une situation que nous avons connue et qui elle-même a créé du déplaisir. Tel goût à l’inverse nous est agréable tant il est associé à la douceur de l’enfance. C’est la madeleine de Proust qui nous guide en permanence. C’est un véritable conditionnement.

Ralentir c’est donc apprendre à se déconditionner. On ne fera jamais assez l’éloge de la lenteur. prendre le temps de vivre ne signifie pas se prélasser en attendant que les choses se fassent ou soient faites par d’autres. Prendre le temps de vivre signifie prendre le temps d’être attentif à chaque instant à nos sensations, nos émotions, nos sentiments, voir comment ils agissent sur notre physique, ou inversement comment telle sensation physique influence notre humeur, notre comportement.

Prendre le temps de vivre signifie vivre pleinement toutes ces sensations, émotions, sentiments quand ils se présentent, à chaque instant, en étant conscient que l’instant d’après ils pourront n’être plus là ou que nous pourrions tout simplement ne plus être de ce monde. C’est aussi prendre le temps d’examiner les enchainements de cause à effet, repérer et défaire les liens qui nous conditionnent.

Ralentir, c’est vivre, parce que la vie est là, malgré nous, que nous la percevions ou pas. Elle n’est pas cette illusion, ce cinéma permanent que nous nous créons. La seule questions que nous ayons à nous poser est « suis-je prêt à vivre, réellement » ?

Photo de Samuel Theo Manat Silitonga, STMS sur Pexels.com

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